D'un Casino à l'autre

1920, année sociale éruptive avec les grèves dans les Chemins de fer et les mines du Nord.  Le Bassin  n’est agité que par un doux clapotis formé par la navigation de plaisance. Cette année-là, l’association Sport nautique d’Andernos se jette à l’eau. Un « casino » est  édifié par Antonin Larroque,  futur maire de Saint-Médard-en-Jalles en 1925,  sur un pré – ou un verger -  lui appartenant, et qui jouxte la deuxième poste, devenue depuis la pharmacie du Centre, à l’angle du boulevard de la République et de l’avenue de Bordeaux. Andernos se dote ainsi d’un premier pôle culturel et de loisirs, avec la construction de trois bâtiments en bois et en briques. Le Café du casino - avec pignon sur la route - dispose d’une salle de bal, 

d’un café-bar et d’un cinéma, mais pas de salle de jeux. Le premier étage est réservé au service, avec les logements du gérant René Faubet et de ses employés.

L’immeuble dispose ainsi d’une salle de projection publique, capable d’accueillir 180 spectateurs. Le cinéma andernosien peut soutenir la comparaison avec ses homologues bordelais qui font florès en ce début du XXe siècle. « Le premier film parlant  ’’Le chanteur de jazz’’ restera longtemps à l’affiche et remportera un vif succès », note  Richard Lahaye (1), dans  son livre « Andernos, le temps retrouvé ». «  Le public était nombreux,  il y avait parfois deux séances, l’une à 20 heures, l’autre à 22 h 30 », précise Roland Castelnau, l’auteur de « Ecrans magiques » (2). 



En 1945, Marcel Baché, propriétaire du Café du Centre et du Casino Le Miami fait l’acquisition de l’immeuble Larroque au 222, avenue de la République et lui redonne « une certaine vitalité », comme le constate  encore Richard Lahaye.

En professionnel de spectacles qu’il est devenu, ce Tarbais de naissance (1909-1999) attire les artistes en vogue. 

La salle de cinéma Casino, boulevard de la République, au début du siècle dernier à Andernos-les -Bains,
La première salle de cinéma Casino a été construite en 1921. Elle a fonctionné jusqu'en 1961. Reproduction DR

 Le Grand-Théâtre de Bordeaux y présente son ballet avec Maddy  (ou Mady) Pierozzi, danseuse étoile dans les années trente, originaire d’Andernos.

 Entre-temps ravivé par une façade art déco, mais jugé « quelque peu rudimentaire » à l’intérieur, le Café du Casino est aspiré par le déclin, en dépit d’une politique de diversification.  La salle est touchée par la limite d’âge et… la concurrence.

L'anceinne poste et l'ancienne salle de cinéma Casino, boulevard de la République à Andernos-les-Bains
Une résidence construite sur l'emplacement de la salle Casino au 222, boulevard de la République à Andernos-les-Bains. Photo M.M.

Un commerce, puis une résidence

Marcel Baché, par ailleurs à la tête du café-dancing  Impérial-Casino Le Miami, ouvert en 1932 face au bassin, voit plus loin. Il mise désormais sur ce nouvel ensemble, plus attractif et mieux placé tout près de la jetée d’Andernos.

 L’établissement obtiendra quelques années plus tard la licence de jeux. Du" complexe", au 222, avenue de la République, ne subsiste que la salle de cinéma Casino, exploitée jusqu'en 1961; la dernière séance est proposée avec une projection de "La Vache et le prisonnier", film d'Henri Verneuil (1959), avec Fernandel et Marguerite, sa complice  d'évasion.

Arrêt sur images: l'emplacement est alors vendu à M. Robert puis reconverti en local commercial à l'enseigne Shop 222, enfin démoli en 1988 pour laisser place à un immeuble d'habitation, toujours existant, à proximité de la pharmacie du Centre.

 

L'ancien complexe de loisirs Casino-Le Miami a été remplacé par des commerces et logments en front de mer
Face à la jetée d'Andernos-les-Bains, le nouveau cinéma a pris place dans le complexe Casino-Le Miami, jusqu'en 1975, lui-même démoli en 1988. Photo M.M.

L’offre cinématographique ne s’interrompt pas pour autant. Sitôt après-guerre, le cinéma Le Rex dotée de 200 fauteuils voit aussi  le jour, un peu plus loin,  au 202, avenue de la République en lieu et place de la salle des fêtes « Les Lilas », contigüe à l’hôtel des Voyageurs. Coïncidant avec la vente et la fermeture du premier Casino, une nouvelle salle de cinéma est intégrée en 1961 à l’Impérial- Casino Le Miami.

  L’opération immobilière est facilitée par le rachat de la villa   « Cocorico », à l’arrière de l’ancienne partie de l’hôtel Impérial (3) flanquée de La Corvette, le dancing des années zazou et yé-yé. La capacité du cinéma est portée à 450 places (4), les fauteuils sont de couleur bleu-outremer (puis jaune clair après rénovation dans les années soixante-dix). En hommage à la longue carrière du « vieux » Casino, la salle moderne en retient le nom. Pour lancer symboliquement sa programmation, Marcel Baché propose de nouveau la projection de  « La vache et le prisonnier ».

 

La démolition de la salle de cinéma du Casino-Le Miami
Le cinéma du Casino-Le Miami a été cédé en 1988 pour être démoli et remplacé par un ensemble immobilier, toujours existant. Collection Claude Perreaud

Les adieux du "Gendarme"

Après cinq décennies de carrière, toutes salles confondues, le Casino « nouveau » est son tour rattrapé par les rides de l’âge, dès lors que l’environnement urbain se densifie, se complique la circulation automobile au cœur de la cité, qu’évoluent les comportements culturels avec l’irruption de la télévision dans les foyers et une relative désaffection pour les « salles obscures »… La décision de fermer le complexe devient effective en 1988. Un immeuble de standing ainsi que des commerces lui succèdent. On n’y danse plus, on ne voit plus de films : certes, la jetée d’Andernos en a vu d’autres…

 

Le 29 décembre 1987, l’écran du Casino s’éteint à la fin du générique du « Gendarme se marie », film de Jean Giraud avec Louis De Funès. Noces funèbres… 

  A Andernos, ne subsiste que Le Rex. Le tapis vert succède à l’écran blanc. Le Casino- Le Miami connait une toute autre destinée, ailleurs, au milieu des pins, route de Bordeaux.  Clap de fin, les jeux sont faits…

 

Michel Mahler

 

(1)  « Andernos, le temps retrouvé », éditions Equinoxe 1995.

(2) « Ecrans magiques, grandes et petites histoires des salles de cinéma en Gironde »  éditions Le Festin 1995.

(3)  « Andernos, côté cœur » de G. Simmat et C. Perreaud, éditions Michel-Fontaine 2005.

  (4) Les estimations divergent : une capacité de 450 places selon Roland Castelnau, 600 d’après Richard Lahaye.  Vraisemblablement, la  suppression des balcons est à l'origine de la modification de la jauge spectateurs.