"Ma mère, ouvreuse de cinéma à Andernos"

« Je suis né au cinéma », lance-il sans exagération. Dès sa prime enfance, c’est juché sur le vélo maternel que Bernard Baudoin accompagnait Gisèle, ouvreuse durant trente-cinq ans à l’ancien cinéma Casino-Le Miami, face à la jetée d’Andernos-les-Bains. 

Dès 9 heures, 9 h 30, sa mère quittait le domicile, route de Bordeaux pour entamer sa journée en s’occupant de l’entretien de la salle. "Un métier fatiguant mais qu’elle aimait. Son plaisir, c’était d’être au contact des spectateurs. A la salle Casino, on y rencontrait le tout-Andernos !" témoigne Bernard Baudoin. En tout cas, ma mère c’était comme un homme", rendant un bel  hommage filial au courage de l’ancienne ouvreuse.

 

La dernière séance de Gisèle Baudoin remonte à 1987, année de fermeture de la salle. Celle qui a officié jusqu’au bout et profite depuis d’une douce retraite dans un environnement protecteur.

Deux fois l’an, les fauteuils en moleskine jaune clair faisaient l’objet d’un vigoureux nettoyage. Les séances – en fin de semaine pendant l’hiver-, trois projections, en matinée et plus généralement à 20 heures et 22 heures pendant la pleine saison touristique, occupaient à temps plein la fidèle employée de Marcel Bachet, jusqu’à la fermeture définitive de la salle en 1987.

"A la pièce"

Rémunérée "à la pièce" et intéressée sur la vente des friandises proposées en salle, Gisèle compensait bon an mal an, ses revenus que l’on qualifierait de "flexibles" répartis entre des périodes de faible affluence et films à succès - tel "Il était une fois dans l’Ouest" - qui assuraient de belles recettes à la caisse tenue par Marcel Bachet en personne.

 

L’activité du Casino se concentrait "surtout l’été", confirme Bernard Baudoin. Car le métier d’ouvreuse au cinéma -depuis disparu- ne rapportait guère, loin s’en faut. Gisèle gagnait environ 2000 francs de l’époque (300 € de nos jours), les mois "avec". Des revenus irréguliers, modestes et sans cotisations sociales, mais substantiels pour l’économie de la famille Baudoin. En tout cas, c’est peu en comparaison avec les émoluments touchés par les croupiers de la salle de jeux contiguë au cinéma du Miami. En deux mois, ceux-ci amassaient de quoi vivre aisément le reste de l’année, se souvient-il...

 

C’est aussi le temps où Gisèle Baudoin, vêtue de sa robe "réglementaire" bleu clair, s’affairait pour placer les spectateurs dans les rangs disponibles, au moyen d’une torche quand l’obscurité se faisait dans la salle. 

 

Ce métier, cet accueil personnalisé ont aujourd’hui disparu des cinémas: pourtant, reconnaît Bernard Baudoin, " le rôle d’ouvreuse était incontournable". L’entracte déclenchait la ruée des gourmands. L’ouvreuse circulait alors dans les travées proposant bonbons Krema, friandises Batna et autres crèmes glacées.

Bernard Baudoin, son enfance au cinéma Casino
Fils d'une ancienne ouvreuse du Casino, Bernard Baudoin a bien connu la salle de cinéma d'Andernos-les-Bains. C'est à cet endroit-là que se situait l'entrée. Photo M.M.

 Dans les situations de fortes demandes, l’ouvreuse de service (1), corbeille en bandoulière, se tenait à disposition au pied des escaliers, à l’entrée de la salle. Fidèle auxiliaire de sa mère, Bernard Baudoin se chargeait à l’occasion de l’approvisionnement depuis le local technique: "J’en devenait tout rouge à force d’allers et venues."

 

Du cinéma au billard...

Au fil des saisons et au gré des projections, Bernard Baudoin s’est constitué une belle "cinémathèque" individuelle. Un privilège, reconnaît le directeur de l’Intermarché à Andernos qu’il est devenu en 1987. Avec la "bénédiction" de la famille Bachet, il pouvait voir les films, privilège que sa mère pouvait difficilement s’accorder entre accueil des spectateurs, vente à la corbeille et vérification comptable en cours de séance. "La Grande Vadrouille", "Le Passager de la pluie"," la série des "Gendarmes de Saint-Tropez" figurent dans son panthéon du jeune cinéphile, tous genres confondus. L’enfant du pays se souvient aussi d’une mémorable séquence de... fou-rire général, aux côtés de Mme Bachet, pendant la projection de "Jour de fête" de - et avec - Jacques Tati. Bernard Baudoin se rappelle enfin des dernières années d’activité du cinéma Casino et l’engouement du public pour les films érotiques "Emmanuelle".

 

Devenu adulte et chef d’entreprise à la fin des années 80, Bernard Baudoin s’est accordé une "grande évasion" pour laisser libre cours à sa passion pour le billard. Il n’en aura pas pour autant oublié cette part de son enfance vouée au septième art. Voici quelque temps, il a même porté un projet de multiplexe à proximité de l’actuel Casino-Le Miami à Andernos-les-Bains... Cinéma quand tu nous tiens...

 

(1) Edith Lafond, domiciliée quartier Comte à Andernos, y a également officié.

 

 

Michel Mahler