Le feeling joue aussi avec Artec

L’attrait ou le succès d’un film ne se mesurent pas forcément à la notoriété d’un réalisateur, à l’apport du casting, à la qualité du scénario ou encore à l’efficacité d’une campagne de promotion… En dépit de tous ces aspects « bankables », c’est, au final, le public qui détient le droit de vie ou de mort d'un film...

  « Au vrai, personne ne peut prévoir un succès. Mais on peut sentir que ça va fonctionner. C’est une question de feeling, concède Nicolas Rabaud, directeur et programmateur de la société Artec à Lormont, réseau prestataire indépendant de Gironde. On doit être attentif à ce que le spectateur perçoit, bien qu’en matière d’art et d’essai, l’estimation d’un film réclame davantage d’expertise ».

 

« Dans le milieu, nul ne croyait au succès du film "Les Intouchables" [2011, d’Eric Tolédano et Olivier Nakache]. Pourtant, le film a enregistré plus de 2 millions! », relative le responsable. Bien sûr, les festivals et autres rencontres professionnelles guident et facilitent la détection. Le choix s’impose aussi de lui-même. « Vous ne pouviez songer passer à côté du dernier «  Scorsese », concède Nicolas Rabaud, à titre d’exemple…   


En chiffres

15. Le nombre de cinémas exploités en Gironde par Artec. Biganos (centre culturel); Blaye (Le Zoétrope); Carbon-Blanc (Le Favols); Carcans (L’Estran); Coutras (salle Maurice-Druon); Eysines (Le Plateau-cinéma Jean-Renoir); Gujan-Mestras (Le Gérard-Philipe); Lacanau (Le Familia); Lesparre-en-Médoc (Le Jean-Dujardin).

Marcheprime (La Caravelle); Pompignac (cinéma Anamorphose); Saint-André-de-Cubzac (Magic Ciné);

Saint-Médard-en-Jalles (L’Etoile); Salles (Le 7Art);

Soulac-sur-Mer (L’Oceanic).

18. Le nombre de salles exploitées en gestion privée ou en délégation de service public, en relation avec une municipalité.

 

550. Le nombre de films diffusés en 2016 sur les écrans du réseau Artec.

1,3. En millions d’euros, le chiffre d’affaires enregistré en 2016 par Artec.

330 000.  Le total des entrées enregistrées dans les cinémas gérés par Artec en 2016. 

6. Le nombre de salles prévues pour l’extension du Magic Ciné à Saint-André-de-Cubzac qui inclut la construction d’un amphithéâtre en plein air. L’objectif serait d’optimiser la fréquentation autour des 200.000 entrées.

2. Le nombre de salles envisagées  dans le cadre de la modernisation toujours en gestation  du Gérard-Philipe à Gujan-Mestras (La Hume). 

80. Les prestations en plein air proposées en 2016 par Artec.   


  Jusqu’à la projection sur les écrans, se déroule un processus codifié. Le système du cinéma français est spécifique. Il est fondé sur les relations de confiance entre exploitants - distributeurs et diffuseurs. Ses principes sont fondés sur la redistribution. La mise en circuit d’un film induit le partage des risques et des… recettes après le passage d’un film. 

 

Enjeux d'une première semaine

Ces intérêts conjoints régissent sensiblement la programmation des films dans les salles, explique Nicolas Rabaud. Ainsi le nombre de copies est fixé en amont, d’après les estimations des recettes. « On n’a pas toujours les films que l’on voudrait en sortie nationale. Le film "Moi, Daniel Blake" réalisé par  Ken Looach en 2016 n’avait pu être diffusé qu’en deuxième semaine ».

Nicolas Rabaud  société Artec
Nicolas Rabaud, directeur du réseau cinémas Artec de Gironde. Photo M.M.

En dépit de ces quelques déficits, le « poids » économique d’un réseau de salles à l’image d’Artec, facilite l’attribution de films au même rang que les influents complexes. En 2017, la levée s’est avérée performante grâce à « Cars 3 » ou « La La Land » entre autres.

Les sorties nationales jouent indéniablement un rôle de « locomotive »  et d’exposition auprès du public. Au réseau d’exploitation de s’adapter. Au mois d’octobre, pas moins de quatre sorties nationales sont prévues dans les salles du réseau cinématographique girondin. Au pic des concentrations annuelles, notamment en cette fin d’année (et de fêtes), le rendez-vous est d’ores et déjà pris avec les attendus « Star Wars »,

« Paddington II » , « Stars 80, la suite », « Santa et Cie»... 

Par ailleurs, explicite le professionnel, des paramètres techniques ou conventionnels comme l’application de taxes, dont la VPF (taxe d’impression de copie numérique), conduisent à s’accommoder des délais et programmer les films nouvellement sortis en deuxième semaine, voire en cinquième semaine, seuil à partir duquel les copies sont exonérées de la taxe VPF.  

Des spectateurs, vus de profil...

Artec dirige quinze cinémas et leurs dix-huit salles en Gironde (premier département français en terme de taux d’implantation après l’Île de France), soit en gestion directe, soit sur le mode de la délégation de service public (DSP), à l’exemple du centre culturel de Biganos.

La programmation tient compte de plusieurs paramètres : la situation générale, économique, démographique de chacune des zones d’influence. Mais aussi de l’estimation du potentiel d’un public local. C’est dire que l’éveil au cinéma et les goûts du spectateur, qu’il soit jeune ou senior, restent des facteurs primordiaux dans l’établissement d’une ligne éditoriale. De fait, cela induit la fréquentation des salles obscures, « mère » de toutes les stratégies.

 

Ainsi le Gérard-Philipe de Gujan-Mestras, périmètre sensible à la découverte cinématographique, incline à proposer des films d’art et d’essai, précise Nicolas Rabaud. Ceci justifie qu’un distributeur puisse trouver intérêt à sortir un film dans un cinéma de proximité plutôt qu’un autre.

L’enjeu est d’autant plus important que l’accès au film s’est accéléré à l’avènement de la projection en numérique au détriment de la bonne vielle bobine. Diversité et internationalisation du cinéma obligent, la tendance actuelle est au raccourcissement de la durée d’exploitation d’un film, influant sur leur programmation.

En tout état de cause, les choix opérés comportent à chaque étape une part de risques. Les risques du métier ? 

Michel Mahler 



Le numérique a changé la donne

La coordination. « Une fois le film retenu après concertation avec le distributeur, on reçoit un fichier-film crypté, destiné à la projection numérique. Dans un délai, généralement de deux à cinq jours précédant la sortie - exceptionnellement la veille ou le jour même de la sortie, c’est déjà arrivé -, on réalise une copie sur disque dur au moyen du code de décryptage (KDM) transmis par le distributeur, lui-même alors avisé de la mise en circulation du film. Chaque copie est ensuite acheminée par un transporteur.

A terme, la dématérialisation des copies sur disque dur devrait permettre de fluidifier cette étape ».

La préparation. « La diffusion des annonces est prévue plusieurs semaines voire plusieurs mois à l’avance . Les affiches du film d’animation « Ferdinand », programmé en décembre, sont à notre disposition depuis juillet ! En héritage de l’époque du 35 mm, Artec gère également les postes de proximité : confiserie, transport des recettes, personnel, ect. ».

Sur les écrans. « L'animateur affecté à la gestion de chacun des cinémas assure l'accueil et la billetterie. Un opérateur veille au bon déroulement de la projection ».

Le Festival Version Originale 2017  au cinéma Gérard-Philipe de Gujan-Mestras. Un rendez-vous très suivi par les cinéphiles du Val de l'Eyre... et d'ailleurs. Photo M.M.
Le Festival Version Originale 2017 au cinéma Gérard-Philipe de Gujan-Mestras. Un rendez-vous très suivi par les cinéphiles du Val de l'Eyre... et d'ailleurs. Photo M.M.

100% Girondin

La société Artec a été créée en 1989. Les projections en plein air ont d’abord constitué son cœur de métier, un secteur d’activité toujours actif. Artec s’est développé à partir de 2009 après son rachat et désormais géré par Youen Bernard.

Aux commandes, Nicolas Rabaud, directeur. Il assure la programmation, tout comme Stéphanie Piera, en charge de la coordination Art et essai. L’effectif actuel de la société est de vingt-six personnes. Son siège est situé, au 9, allée René-Cassagne à Lormont (33).