Sarah Bernhardt à Andernos, pour de vrai...

 Depuis son entrée en scène à la Comédie-Française en 1862, jusqu'à sa mort en 1923, Sarah Bernhardt a joué 120 spectacles, visité le répertoire classique et participé à 11 tournages de films et documentaires, à la période du cinéma muet puis à l'avènement du parlant.

C'est une star internationale septuagénaire, à la carrière déjà accomplie, qui se retire entre septembre 1914 et janvier 1916 sur le Bassin d'Arcachon. Chroniqueuse à la "une" du journal La Petite Gironde du 25 juillet 1915, Sarah Bernhardt raconte  "son séjour à Andernos". La grande tragédienne explique avoir choisi de quitter sa résidence de Belle-Île-en-Mer pour   se rapprocher de son fils Maurice incorporé à Bordeaux et s'installer à Andernos,  finalement "tiré au sort" parmi les villages du pourtour du bassin, inscrits sur 13 petits carrés en carton....

 "La réalité est tout autre", commente l'historien andernosien Claude Perreaud (1). "Sarah Bernhardt a enjolivé. Cette villégiature sur le Bassin d'Arcachon n'est pas le fruit du hasard. Désargentée, le comédienne s'est rabattue sur Andernos sur les conseils de son ami  et dramaturge Henri Cain, qui lui-même y avait une location". Elle s'installe villa Eureka, une petite maison située boulevard de la République, aujourd'hui disparue. "C'était  un choix dicté par des considérations financières. En fait, on a notamment brodé à partir de là", ajoute Claude Perreaud.

"Une période sombre de sa vie"

Par ailleurs, le roman "Madame Quand-même" écrit quelques plus tard par l'Arcachonnais Guy de Pierrefeux aura grandement contribué à enjoliver la "légende". Peu de documents, encore moins de témoignages crédibles - car très lointains - ont subsisté pour attester de la réalité d'un séjour qui de fait n'avait rien  de mondain, encore moins d'une sinécure.  "Son séjour à Andernos correspond plutôt à une période sombre de sa vie", poursuit l'historien.

Sarah Bernhardt était affectée d'une tuberculose à un genou, consécutive à une mauvaise chute intervenue sur un paquebot de ligne transatlantique qui ramenait en 1905 la comédienne française d'une tournée aux Amériques. Le plus souvent, c'est de son lit de douleur ou dans son jardin qu'elle pouvait apercevoir les scènes de la vie andernosienne.  Ses rencontres avec la population ont été rares et se sont résumées pour l'essentiel aux contacts avec le personnel de la villa Eureka.

"Difficile d'imaginer la comédienne expédier une dépêche à son fils Maurice, accoudée au guichet de la Poste d'Andernos comme on l'a colporté ou bien - comme on l'a  aussi prétendu - la croiser lors de promenades aux Quinconces avec sa canne d'ivoire offerte par le roi Edouard VII d'Angleterre, afin de jouir de la vue sur la dune du Pyla! 

Il faut savoir, poursuit Claude Perreaud, que Sarah Bernhardt avait la jambe immobilisée par un plâtre, jusqu'à son amputation intervenue à Bordeaux. Elle pouvait difficilement se déplacer, sinon  sous assistance. Une correspondance avec "son docteur-Dieu" et ex-amant Samuel Pozzi  attesterait plutôt que  l'ancienne sociétaire de la Comédie-Française s'est ennuyée ferme à Andernos.

Patriote, Sarah Bernhardt a fait une apparition publique notoire et déclamé un ou deux poèmes lors d'une soirée  organisée  le 15 août 1915  sous un chapiteau au profit des poilus convalescents, accueillis à Andernos. 

Remise de son opération, c'est discrètement qu'elle quitte le Bassin d'Arcachon le 31 janvier 1916. En 1923,  à l'orée de sa vie, Sarah Bernhard s'adresse à  son ami Louis David: " J'ai pensé à Andernos ces temps-ci, cherchant un coin pour me reposer. Au revoir peut être une fois encore, avant le grand voyage que je prépare gaiement".

La "Divine" s'éteint le 26 mars 1923, pendant le tournage de "La Voyante" de Léon Abrams et commandité par Lucien Guitry. Sans avoir renoué avec  Andernos...

(1) Auteur d'une communication exhaustive "Sarah Bernhardt à Andernos-les-Bains", Bulletin de la Société historique et archéologique du Bassin d'Arcachon et du Pays de Buch (n° 163, février 2015). 

M.M.

Claude Perreaud possède une parure autrefois portée par la tragedienne Sarah Bernhardt.
Claude Perreaud possède une parure autrefois portée par la tragedienne Sarah Bernhardt.