Le Gérard-Philipe avec l'art de transformer l'essai

C’est un diagnostic en trompe-l’œil. Si le cinéma français affiche des signes de bonne santé, le marché hexagonal, lui, enregistre pourtant un recul global de -0,6% en 2017.  18 films ont dépassé l’an dernier le million d’entrées. Le communiqué victorieux s’appuie sur les scores exceptionnels de « Raid Dingue » (4,6 millions d’entrées) « Valérian » (4 millions) ou  « Alibi.com » (3,8 M) et autres blockbusters qui ont balisé l’année cinématographique. Dans les fauteuils d’orchestre, le ciné français - essentiellement représenté par la petite exploitation des salles  (jusqu’à 80 000 entrées) -  tire quand même un peu la langue.  Le  réseau girondin Artec, qui exploite notamment les écrans de Gujan-Mestras et de Biganos, n’échappe pas à la tendance: baisse de - 5% de fréquentation pour l’ensemble ses quinze cinémas, pour une moyenne  générale de 15 300 entrées. 

En résistance

 Certes, l’an passé, la production cinématographique s’est révélée inégale.  Des films  comme « Star Wars », « Moi, Moche et Méchant 3 », » Baby Boss », » Le Sens de la fête », « Ça » (en sortie nationale à Gujan-Mestras) ont  tiré le marché vers le haut.  Le créneau Art et essai a  cependant souffert, n’offrant que peu de films porteurs. «  Lalaland »  ou « The Square » (Palme d’or au Festival de Cannes 2017) ont  toutefois rencontré leur public. 

Le Gérard-Philipe  à Gujan-Mestras, deuxième salle mono-écran girondine après Soulac, a bien résisté à l’érosion de la fréquentation. Le cinéma du Sud-Bassin, ancré sur le créneau Art et essai, maintient ses positions avec succès.

Malgré la concurrence des salles arcachonnaises, il a attiré les cinéphiles en progressant de + 6%  avec 24 500 entrées en 2017. Il double  ainsi sa fréquentation en une décennie (12 000 entrées en 2007). La rénovation de la salle prévue cet été, avec une offre agrémentée dans la programmation (de nouveaux horaires en début de soirée sont à l’étude chez Artec) devraient permettre au cinéma de préserver cet élan.

  Avec 13 500 entrées, le cinéma du Centre culturel de Biganos observe un net recul de sa fréquentation par rapport à 2016 (15 000  entrées). Un retrait à relativiser car, cette année-là, la salle de Biganos avait profité de la fermeture technique du Rex à Andernos-les Bains entre février et juin, enregistrant un surplus conséquent de 2000 entrées.

L'image... pas le son

Après une année « noire » en 2016, le  cinéma Le Rex à Andernos-les-Bains a abordé une délicate année de transition, à la reconquête de son public, et dans la perspective de la création d’un complexe culturel  de quatre salles (1). De manière surprenante, les chiffres de fréquentation 2017 n’ont pas été divulgués par son exploitant. La période de référence reste donc 2015 avec 50 000 entrées revendiquées, ce qui ferait du mono-écran andernosien une exception remarquable dans sa catégorie pour le Grand  Sud-Ouest. Le responsable ne s’est pas  davantage montré plus explicite quant à ses rencontres avec ses spectateurs et leurs goûts et préférences en 2017, choisissant de les camoufler sous la moquette… Le muet pas mort à Andernos ?

(1) Des recours en justice freinent le projet, à l’origine attendu en 2018.

M. M.