La Dolce Vita à Andernos: est-ce raisonnable?

Des passages contraints en justice ont freiné le projet du centre culturel comprenant un complexe cinématographique avec quatre salles - La Dolce Vita - dont une entité "mixte" théâtre-cinéma. D’abord fixé pour la fin 2017, le cap s'est déréglé au fil des mois. L’on peut… raisonnablement tabler sur une ouverture en 2019, une fois le chantier accompli et les recours (non suspensifs) purgés.

Le projet est réalisé par la société Les Cinémas du Nord-Bassin (1). La municipalité est partie prenante dans la construction de la salle de spectacle. Depuis sa constitution, le dossier a été contesté auprès du tribunal administratif, visant tour à tour la construction (recours rejeté), puis l’exploitation commerciale (décision en instance à ce jour) et plus récemment un contrôle de légalité portant sur le mode de financement initié avec la collectivité d’Andernos-les-Bains.

A cette heure, la vie n’est pas forcement douce pour le futur cinéma du Nord-Bassin… Pour répondre aux détracteurs,  Jean-Pierre Villa, dirigeant du groupe nouvel-occitan Veo-Cinémas - partenaire principal du projet aquitain - a choisi de jouer cartes sur table    sur le nouveau blog du Rex d'Andernos (2).  Il y rappelle « la réalité des chiffres » insistant sur « le coût raisonnable du projet ».

Un bail au long cours

Va pour un état des lieux. Le coût de l’ensemble de l’équipement est de 5 100.000 € (HT) et 6 120 000€ (TTC). Le terrain (l’ancien stade Marcel-Despagne en centre-ville, NDLR) a été mis à disposition grâce à un bail à construction, « une procédure fréquente pour favoriser le développement de la commune », argumente le rapport.

 Pierre d’achoppement du projet, la salle de théâtre et spectacle, exploitée conjointement comme salle de cinéma, a été conçue comme une opportunité économique et culturelle:  « Il a paru préférable qu’elle [la municipalité] soit également propriétaire du bâti [de la salle] » explique l' analyse publiée sur le blog. Son coût spécifique est de 1,76 M€, dont 70 000 € à la charge de la société Les Cinémas du Nord Bassin. Le bail est consenti pour une durée de cinquante ans, au terme duquel le bâtiment deviendra propriété de la commune. Le loyer initial est fixé à 3000 € par an. En cela, la société partenaire s’engage à reverser 5 % des recettes de l’exploitation de la salle avec « un minimum de 20 000 € annuel en valeur initiale ». La LCNB versera au terme du contrat « au minimum 1 000 000 € ».  


« Pas à n’importe quel prix ! »

Marie-France Comte, conseillère municipale et ancienne première adjointe de l’équipe en place, relevée de ses fonctions en 2015, a adressé en février un courrier au sous-préfet pour émettre « des réserves » quant au montage financier du « contrat de cinéma » liant la société privée Les Cinémas du Nord-Bassin à la municipalité d’Andernos. Dans sa lettre, rendue publique entre temps, l’élue s’interroge sur son montant global « de plus de 5 M€ (4,1 M€ selon les initiateurs du projet, NDLR) qui engage les Andernosiens sur plusieurs générations (...) ».

Via le blog dédié, Véo-Cinémas précise au passage que « cette partie de l’équipement est une partie annexe de l’ensemble du projet et validé par le service des Domaines ».Le centre culturel, une fois livré, reviendra à 4 100 000 € (TTC) financé à hauteur de 73 % (2 400 000 €) par la société LCNB.

Le coût final est compensé par les subventions accordées : 400 000 € par la Région Nouvelle Aquitaine et 500 000 € par le Centre national du Cinéma, soit une contribution institutionnelle de l’ordre de 27 %.

Un aperçu du nouveau cinéma La Dolce Vita. La livraison du nouveau centre culturel  à Andernos est attendue en 2019. Photo DR
Un aperçu du nouveau cinéma La Dolce Vita. La livraison du nouveau centre culturel à Andernos est attendue en 2019. Photo DR

« Des coûts maîtrisés »

« Le coût est raisonnable. Celui de l’équipement, calculé au fauteuil, selon la méthode de l’Agence du développement régional du cinéma (3) sera de 4,897 (HT) par fauteuil en 2018 », situant le futur cinéma d’Andernos  dans la moyenne basse d’une fourchette nationale estimée entre 4600 € et 5600 €. « Les coûts sont parfaitement maîtrisés, est-il encore rappelé. Ils seront parmi les plus bas des équipements réalisés ces dernières années ». Le prix à payer « pour un cinéma de haute qualité et très confortable. ». On en accepte raisonnablement l’augure…

 

(1) Créée en 2011 par Philippe Gonzales, actuel responsable de l’exploitation du cinéma Le Rex à Andernos. Le groupe Véo-Cinémas en est également actionnaire.

(2) Blog du cinéma le Rex à Andernos-les-Bains http://rexandernos.canalblog.com/

(3) Hors lots divers, honoraires et équipements image-son.

 

 M.M.


 Marie-France Comte annonce avoir saisi le contrôle de légalité, et non un recours, considérant la procédure  «normale et légitime ».

«J’ai simplement demandé au sous-préfet de dire si le contrat est conforme aux procédures et aux intérêts légitimes des habitants ou si certains points pouvaient être renégociés » souligne l'ancienne adjointe  qui réaffirme  également son attachement ancien au projet de cinéma (...) mais, poursuit-elle « pas à n’importe quel prix (…) Un projet privé financé à 70 % par les contribuables mérite un examen précis ».