Salles Story

Gujan-Mestras: Le Gérard-Philipe en héritage

La rénovation à l'été 2018 du cinéma Gérard-Philipe est dans le droit fil(m) d'une longue idylle entre Gujan-Mestras et le cinématographe.

Dernier d'une longue lignée, le cinéma du quartier de La Hume perpétue une tradition débutée en 1880, quand l'exploitation cinématographique n'était alors qu'a ses débuts. 

Le Saint Michel ouvre le bal

Le Saint-Michel est la plus ancienne salle de Mestras. Tour à tour "salle de récréation, de bal, de théâtre", il  connaît plusieurs propriétaires: son fondateur, le docteur Cassou, puis Gérard Destout en 1904, jusqu'à son extinction en 1975.

 C'est au Saint-Michel que fut projeté "Ceux du rivages" le 4 octobre 1943, un film tourné en pleine tourmente à Gujan-Mestras avec des acteurs en pleine gloire (mais aussi en quête de subsistance): Charpin, Aimé Clarion, Blanchette Brunoy, Raymond Bussières. Ce film oublié de tous -mais pas inoubliable- finalement retrouvé dans un débarras a de nouveau été projeté en 2013... au Gérard-Philipe!

Une Pergolette incandescente

Une ancienne conserverie de sardines, abritant une salle de bal convertible -là encore- en salle de cinéma,  fonctionne à partir de 1923. Lieu de distraction des dimanches après-midi, La Pergolette propose des films long-métrages et autres actualités. Il lui est adjoint une annexe: La Chaumière. Deux incendies successifs marquent la fin de l'histoire de La Pergolette, qui cesse son activité en 1935.

L'Eldorado au garde-meubles

A l'instar de Mestras, la commune de Gujan se devait d'avoir une salle de bal et plus tard son propre cinéma. Construite en bois par le propriétaire du café de l'Union, M. Lafont, L'Eldorado est  racheté en 1934 par MM. Laborde et Fourgs.

 Réquisitionné pendant la guerre, L'Eldorado est reconstruit en fibro-ciment, reconfiguré comme salle de spectacle en 1946 puis change de mains, d'abord au profit de M.Persignan qui le revend à M.Fontanaux, alors directeur des cinémas Rex et Saint-Génès à Bordeaux. Un nouveau propriétaire, M. Duprat modernise la salle en 1958. Confronté à des  grosses difficultés d'exploitation, L'Eldorado ferme  définitivement le 27 novembre 1967 et devient un garde-meubles.

Le Ranch dans l'arène

A proximité du vieux marché de La Hume, Le Ranch voit le jour en 1963 par la volonté de M. Mirasson fils. Déjà exploitant du cinéma Saint-Michel à Mestras et Le Vogue à La Teste, c'est en professionnel  qu'il se lance dans la construction d'un établissement exclusivement consacré à la diffusion du Septième-Art.

Dotée de 180 places aux normes de l'époque, la salle de La Hume traverse l'âge d'or du cinéma français. Une rénovation plus tard en 1984, la municipalité d'alors  se porte acquéreuse de l'ensemble en 1990.

Le Ranch  poursuit sa carrière. Il devient le Gérard-Philipe, quatrième cinéma -et seul survivant- de Gujan-Mestras. Désormais renové en 2018, il prolonge la voie traçée par ses aînés les Saint-Michel,  La Pergolette, L'Eldorado ou Le Ranch. En digne héritier.

 Source:  d'après la chronique historique de Jacques Leblois.

Le Gérard-Philipe, historiquement le quatrième cinéma de Gujan-Mestras, a été rénové en 2018. Photo M.M.
Le Gérard-Philipe, historiquement le quatrième cinéma de Gujan-Mestras, a été rénové en 2018. Photo M.M.

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"Ma mère, ouvreuse de cinéma à Andernos"

« Je suis né au cinéma », lance-il sans exagération. Dès sa prime enfance, c’est juché sur le vélo maternel que Bernard Baudoin accompagnait Gisèle, ouvreuse durant trente-cinq ans à l’ancien cinéma Casino-Le Miami, face à la jetée d’Andernos-les-Bains. 

Dès 9 heures, 9 h 30, sa mère quittait le domicile, route de Bordeaux pour entamer sa journée en s’occupant de l’entretien de la salle. "Un métier fatiguant mais qu’elle aimait. Son plaisir, c’était d’être au contact des spectateurs. A la salle Casino, on y rencontrait le tout-Andernos !" témoigne Bernard Baudoin. En tout cas, ma mère c’était comme un homme", rendant un bel  hommage filial au courage de l’ancienne ouvreuse.

 

La dernière séance de Gisèle Baudoin remonte à 1987, année de fermeture de la salle. Celle qui a officié jusqu’au bout et profite depuis d’une douce retraite dans un environnement protecteur.

Deux fois l’an, les fauteuils en moleskine jaune clair faisaient l’objet d’un vigoureux nettoyage. Les séances – en fin de semaine pendant l’hiver-, trois projections, en matinée et plus généralement à 20 heures et 22 heures pendant la pleine saison touristique, occupaient à temps plein la fidèle employée de Marcel Bachet, jusqu’à la fermeture définitive de la salle en 1987.

"A la pièce"

Rémunérée "à la pièce" et intéressée sur la vente des friandises proposées en salle, Gisèle compensait bon an mal an, ses revenus que l’on qualifierait de "flexibles" répartis entre des périodes de faible affluence et films à succès - tel "Il était une fois dans l’Ouest" - qui assuraient de belles recettes à la caisse tenue par Marcel Bachet en personne.

 

L’activité du Casino se concentrait "surtout l’été", confirme Bernard Baudoin. Car le métier d’ouvreuse au cinéma -depuis disparu- ne rapportait guère, loin s’en faut. Gisèle gagnait environ 2000 francs de l’époque (300 € de nos jours), les mois "avec". Des revenus irréguliers, modestes et sans cotisations sociales, mais substantiels pour l’économie de la famille Baudoin. En tout cas, c’est peu en comparaison avec les émoluments touchés par les croupiers de la salle de jeux contiguë au cinéma du Miami. En deux mois, ceux-ci amassaient de quoi vivre aisément le reste de l’année, se souvient-il...

 

C’est aussi le temps où Gisèle Baudoin, vêtue de sa robe "réglementaire" bleu clair, s’affairait pour placer les spectateurs dans les rangs disponibles, au moyen d’une torche quand l’obscurité se faisait dans la salle. 

 

Ce métier, cet accueil personnalisé ont aujourd’hui disparu des cinémas: pourtant, reconnaît Bernard Baudoin, " le rôle d’ouvreuse était incontournable". L’entracte déclenchait la ruée des gourmands. L’ouvreuse circulait alors dans les travées proposant bonbons Krema, friandises Batna et autres crèmes glacées.

Bernard Baudoin, son enfance au cinéma Casino
Fils d'une ancienne ouvreuse du Casino, Bernard Baudoin a bien connu la salle de cinéma d'Andernos-les-Bains. C'est à cet endroit-là que se situait l'entrée. Photo M.M.

 Dans les situations de fortes demandes, l’ouvreuse de service (1), corbeille en bandoulière, se tenait à disposition au pied des escaliers, à l’entrée de la salle. Fidèle auxiliaire de sa mère, Bernard Baudoin se chargeait à l’occasion de l’approvisionnement depuis le local technique: "J’en devenait tout rouge à force d’allers et venues."

 

Du cinéma au billard...

Au fil des saisons et au gré des projections, Bernard Baudoin s’est constitué une belle "cinémathèque" individuelle. Un privilège, reconnaît le directeur de l’Intermarché à Andernos qu’il est devenu en 1987. Avec la "bénédiction" de la famille Bachet, il pouvait voir les films, privilège que sa mère pouvait difficilement s’accorder entre accueil des spectateurs, vente à la corbeille et vérification comptable en cours de séance. "La Grande Vadrouille", "Le Passager de la pluie"," la série des "Gendarmes de Saint-Tropez" figurent dans son panthéon du jeune cinéphile, tous genres confondus. L’enfant du pays se souvient aussi d’une mémorable séquence de... fou-rire général, aux côtés de Mme Bachet, pendant la projection de "Jour de fête" de - et avec - Jacques Tati. Bernard Baudoin se rappelle enfin des dernières années d’activité du cinéma Casino et l’engouement du public pour les films érotiques "Emmanuelle".

 

Devenu adulte et chef d’entreprise à la fin des années 80, Bernard Baudoin s’est accordé une "grande évasion" pour laisser libre cours à sa passion pour le billard. Il n’en aura pas pour autant oublié cette part de son enfance vouée au septième art. Voici quelque temps, il a même porté un projet de multiplexe à proximité de l’actuel Casino-Le Miami à Andernos-les-Bains... Cinéma quand tu nous tiens...

 

(1) Edith Lafond, domiciliée quartier Comte à Andernos, y a également officié.

 

 

Michel Mahler


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D'un Casino à l'autre

1920, année sociale éruptive avec les grèves dans les Chemins de fer et les mines du Nord.  Le Bassin  n’est agité que par un doux clapotis formé par la navigation de plaisance. Cette année-là, l’association Sport nautique d’Andernos se jette à l’eau. Un « casino » est  édifié par Antonin Larroque,  futur maire de Saint-Médard-en-Jalles en 1925,  sur un pré – ou un verger -  lui appartenant, et qui jouxte la deuxième poste, devenue depuis la pharmacie du Centre, à l’angle du boulevard de la République et de l’avenue de Bordeaux. Andernos se dote ainsi d’un premier pôle culturel et de loisirs, avec la construction de trois bâtiments en bois et en briques. Le Café du casino - avec pignon sur la route - dispose d’une salle de bal, 

d’un café-bar et d’un cinéma, mais pas de salle de jeux. Le premier étage est réservé au service, avec les logements du gérant René Faubet et de ses employés.

L’immeuble dispose ainsi d’une salle de projection publique, capable d’accueillir 180 spectateurs. Le cinéma andernosien peut soutenir la comparaison avec ses homologues bordelais qui font florès en ce début du XXe siècle. « Le premier film parlant  ’’Le chanteur de jazz’’ restera longtemps à l’affiche et remportera un vif succès », note  Richard Lahaye (1), dans  son livre « Andernos, le temps retrouvé ». «  Le public était nombreux,  il y avait parfois deux séances, l’une à 20 heures, l’autre à 22 h 30 », précise Roland Castelnau, l’auteur de « Ecrans magiques » (2). 


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L'Oasis plongé dans un clair-obscur

C’est comme un mirage vaporeux qui flotterait toujours sur les eaux émeraude du Bassin… Le cinéma l’Oasis n’est  vraiment plus. Phare culturel de la presqu’ile, au cœur du village du Petit-Piquey  sur la commune de Lège-Cap-Ferret, il a  pourtant rayonné durant presqu’un siècle. De saison en saison, la salle attirait les  estivants et cinéphiles grâce à une programmation divertissante, loisir rafraîchissant après la plage ou lieu de repli par temps de pluie !

 En 2008, la sentence tombe.  Pour la famille Vidal exploitant le cinéma local, c’est un  scénario bien sombre qui se trame. L’année précédente, le passage de la commission de sécurité, ordonnée par la préfecture de la Gironde, a sonné le glas de l’exploitation de la salle en délivrant un avis défavorable. Parmi les points relevés, une installation électrique à revoir, le mur-écran instable… Rien de bien rédhibitoire ; cependant le coût des travaux s’avère élevé (entre 30 000 et 50 000 euros) pour espérer prolonger la carrière de l’Oasis, déjà miné par l’accélération du déficit de fréquentation depuis le transfert à un nouvel exploitant au début des années 2000.  

La salle de projection est toujours en place. Photo M.M.
La salle de projection est toujours en place. Photo M.M.

 

 Gilles et Betty Vidal, ses propriétaires actuels, se résignent à éteindre l’écran.  Un dessin animé de Walt-Disney  clôt définitivement la programmation, le 29 août 2009, en matinée. Deux jours avant la fermeture officielle. Enfants s’abstenir.  Le Petit-Piquey et sa presqu’ile tant prisée des vedettes du grand  (et petit) écran perd ainsi son dernier cinéma dans une forme de stupeur et d’incompréhension...


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Les écrans fantômes du Bassin

Gujan-Mestras, Audenge, Andernos-les-Bains, Arès, Le Canon, Le Porge… Ces salles - si volontiers obscures - n’existent plus. La magie du cinéma s’est estompée jusque dans la mémoire des plus anciens, comme une empreinte de pied sur le sable, effacée par l’écume de la marée. En cinéma itinérant, puis à poste fixe, les écrans ont pourtant essaimé d'une commun e à l'autre, sous des baraquements, dans des salles de cafés ou de restaurants, transformés pour l'occasion en salles de projection.

Bien souvent animés par des passionnés, poètes, pionniers d'une nouvelle culture populaire. Pierrot Techeoueyres, né en 1924 à Biganos,  a été l'un de ceux-là...

 « Il y avait un cinéma en face de l’église [de Biganos], témoigne-t-il (1). Il avait pris feu. Alors j’ai racheté  [les locaux, NDLR], emprunté et fait un cinéma aux normes, en 1949, je crois »

Le Florida, donc,  proposait plusieurs séances hebdomadaires : le mercredi soir, samedi soir. Quelquefois les projections étaient doublées. « On faisait un croisement  [de films, NDLR] avec la salle de Gujan,  parfois il n’y avait qu’une copie. J’avais un projectionniste-opérateur. Ca travaillait. J’avais failli quitter l’usine [à la Cellulose du pin, NDLR]. Et puis il y a eu la télévision, se souvient Pierrot Técheouyeres. J’ai dû arrêter vers 1960 ».

L'ancienne salle Saint-Michel à Gujan-Mestras
Enfant du pays, Jean Dazens a fréquenté l'ancienne salle de cinéma Saint-Michel à Gujan-Mestras, aujourd'hui reconvertie à usage d'habitation. Photo M.M.

La discrète station balnéaire de Taussat, familière au peintre Henri de Toulouse-Lautrec et à l’écrivain François Mauriac, a dû à un exploitant de cinéma mobile de pouvoir - un temps - diffuser des films, dont les bobines étaient transportées par cars depuis Bordeaux.   Ainsi, de 1946 à 1952, Louis Lafon a organisé des projections en format 16 mm dans la salle de café du Mauret, à l’hôtel de l’Ermitage toujours à Taussat, mais aussi à Cassy (2). 

 

 


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